Lors de mon passage au Salon International de l’Agriculture, j’ai passé un bon moment à dénicher de nouvelles cuvées. Au détour d’une allée, un espace m’a frappé par sa culture, ses danses, sa générosité… et bien sûr ses rhums : la Polynésie française.
Tahiti fait rêver. Pourtant, on parle encore très peu de ses rhums, pas plus que de ceux produits sur ses îles voisines comme Moorea ou Taha’a. Curieux de découvrir ce terroir méconnu, je me suis arrêté sur ce corner haut en couleur et j’y ai découvert une histoire bien plus riche que je ne l’imaginais !

Tahiti, une terre de canne
Quand on pense « rhum », notre imaginaire file souvent vers la Caraïbe ou l’océan Indien. Pourtant, la Polynésie possède une histoire de la canne à sucre très ancienne.
La plante serait arrivée dans l’archipel autour de l’an 1000, transportée par les premiers Polynésiens depuis la Nouvelle-Guinée, berceau originel de la canne à sucre. Ici, elle n’était pas destinée à produire du sucre industriel : elle faisait partie des cultures vivrières et médicinales locales. Les variétés de cannes locales, notamment la fameuse O’Tahiti sont d’ailleurs considérées comme des cannes nobles non hybridées, bien différentes des variétés modernes sélectionnées ailleurs pour maximiser la production de sucre.
C’est ce patrimoine végétal unique qui donne aujourd’hui aux rhums polynésiens leur signature aromatique très particulière.

Une histoire discontinue, et une rennaissance
La production de rhum en Polynésie n’est pourtant pas linéaire. Une première activité de distillation existe entre 1850 et 1880, avant de disparaître. Les restrictions sur l’alcool et l’évolution des équilibres économiques dans le Pacifique entraînent progressivement l’arrêt de la production.
Il faut attendre les années 1980 pour voir la filière renaître. Le pionnier de ce renouveau est David Moux, qui replante de la canne et relance la production avec la distillerie Tamure. Son initiative ouvre la voie à une nouvelle génération de producteurs passionnés.
Mais c’est surtout à partir de 2015 que le rhum polynésien connaît un véritable essor. Plusieurs projets voient le jour presque simultanément :
- Mana’o, premier rhum pur jus 100 % certifié bio de Polynésie, produit à Tahiti
- La nouvelle génération de la famille Moux, qui relance la production de pur jus chez Tamure
- Pari Pari, sur l’île de Taha’a
- Manutea, sur Moorea
Aujourd’hui, quatre distilleries structurent la filière et travaillent toutes le rhum pur jus de canne, à partir de cannes cultivées sur Tahiti, Moorea, Taha’a ou encore Rangiroa.

Un style de rhum unique
Le projet d’Indication Géographique actuellement en cours met en avant un cahier des charges particulièrement exigeant.
Parmi ses spécificités :
- utilisation de variétés locales de canne O’Tahiti (nobles et autochtones)
- broyage de la canne en une seule fois, sans ajout d’eau
- fermentations longues, plus difficiles à maîtriser
- aucun additif autorisé : ni sucre, ni caramel
- production intégralement réalisée en Polynésie
Ce processus donne des rhums souvent décrits comme très aromatiques, particulièrement remarquables. La grande bataille actuelle de la filière concerne la reconnaissance officielle du rhum polynésien. Ces rhums de pur jus de canne ne peuvent pas encore être appelés « rhum agricole », mais les distilleries travaillent depuis plusieurs années à la création d’une Indication Géographique « Rhum de Polynésie française » avec pour objectif : protéger le terroir, garantir les méthodes de production et empêcher que des rhums produits ailleurs dans le Pacifique ne revendiquent l’identité tahitienne.
Une cuvée emblématique à l’occasion du SIA
Tamure « Héritage », millésime 2010, 14 ans de vieillissement.
Le plus vieux rhum de polynésie française. Un fût léguer d’un père à un fils, démontrant un savoir-faire hors pair. Un jus particulièrement concentré, structuré, entre fruits sombres, pruneaux et boisé soutenu.
Un grand cru en édition limitée (163 bouteilles), présenté par Youk Moux.
Une invitation au voyage
Au Salon de l’Agriculture, certains stands peuvent sembler un peu formatés. Mais ici, l’ambiance était tout autre : des producteurs présents en famille, des danses traditionnelles, des rires et une vraie fierté de partager leur culture.
Une dégustation qui donne envie de voyager… et pas seulement dans le verre.
Découvrez l’histoire fascinante du rhum de Polynésie française, ses distilleries emblématiques, ses cannes nobles O’Tahiti et la cuvée d’exception – Tamure Héritage 2010.
THE JACK DROP – LE BLOG QUI PARLE DE RHUM, MEZCAL & AUTRES SPIRITUEUX – BASÉ À LILLE
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