LE PASSEUR d’Armagnacs – présentation & nouvelles cuvées – 2026

ARMAGNAC IS THE NEW COOL ? En tout cas, LE PASSEUR continue de représenter fièrement le terroir Gascon, et surtout, les petites productions familiales des coins les plus reculés de la région.
A travers cet article, je vous présente la philosophie et le projet de Romain Duteuil, accompagné de la dégustation de 2 nouveautés : La Poste 1976, Lascabanes 19/26.

Jusqu’aux années 1960s, la Gascogne est une terre de bocage – et honnêtement, mes vacances dans le Gers cet été me font penser que c’est toujours un peu le cas – un paysage mû par l’activité paysanne, où les fermes sont nombreuses, et façonnent le paysage : partout, les près et les champs le reflet de l’agriculture : élevage, céréales, un peu de maraîchage et bien sûr de la vigne !

A cette époque, chacun (ou presque) distille un peu d’Armagnac pour sa propre consommation, ou constituer un petit trésor familial – en cas de coup dur. Et si l’industrialisation poussera certains à évoluer, et devenir de vrais acteurs du monde de l’Armagnac, d’autres resteront dans cette petite tradition familiale, ou arrêteront de produire petit à petit, faute d’activité, ou de repreneurs.

LE PASSEUR rend hommage à ces petits producteurs familiaux, isolés, et chine les plus belles pièces pour mettre en avant le travail de plusieurs générations. Embouteilleur nomade, il vient directement auprès des producteurs & domaines ou dans les caves oubliées des petites familles du coin pour sélectionner et embouteiller les précieux jus. Evitant aux familles un fastidieux travail, il valorise leur héritage de la plus belle des manières, et permet aux plus passionnés d’entre-nous de découvrir des véritables trésors qui seraient sans doute tombés dans l’oubli.

À Romain DUTEUIL, LE PASSEUR, un immense merci pour ce travail exceptionnel mettant en avant notre patrimoine, et faisant la part belle à une France qui semble aujourd’hui oubliée depuis trop longtemps.


J’ai eu l’occasion de Romain en février 2025 au Multiverres Spirits. Attiré par sa petite pancarte « Armagnac is the new cool », et ses étiquettes blanches mettant en avant l’encadrement d’une serrure, invitant à « ouvrir la porte » de ses sélections – sobre, mais clairement remarquables parmi les autres stands. Après une présentation de son activité, j’ai découvert 4 très belles cuvées (j’ai particulièrement en souvenir un très beau Saint Martin 1992 solaire, aux notes d’abricots, de rancio et… de menthe – mon péché mignon), accompagné de mon ami Thomas, clairement plus expert que moi en Armagnac.

Alors quelle belle surprise quand Romain me contacte pour me proposer de déguster en avant-première 2 nouveautés exclusives ! Une année 2026 qui démarre pour le mieux 😁. Samples reçus, je me plonge rapidement dans l’histoire du petit chai confidentiel « La Poste », situé non loin de Condom, et me lance dans les dégustations, voici quelques informations à propos des ces nouveaux trésors, et mes humbles notes.



LASCABANES 19/26 – 70.6%

J’avais pu déguster le très surprenant 71/19 du même domaine en février dernier. Embouteillé chez Victor Edange en 2024, il a été victime de son succès (il ne reste plus une seule bouteille, et tant mieux).
Ici, un armagnac assez jeune, mais à l’élevage qui semble extrêmement prometteur, voyons voir !

Premier nez engageant, et rassurant sur les watts : fruits secs, nougat, chocolat au lait, avec un petit voile floral en arrière-plan. Les 70% ne sont pas perceptibles du tout, aucune agressivité.
Par contre, ça m’intrigue, je n’ai pas les notes habituelles des « jeunes » armagnacs, on est clairement sur un registre pâtissier, presque dessert de vitrine. Avec du temps & de l’aération, le distillat pointe le bout de son nez : raisin secs, prune, mais globalement dominés par une belle vanille.
Résultat ? Un nez qui rappelle une belle part de flan encore tiède. Oui, c’est exactement ça.

Bouche : L’attaque est incroyablement douce et mielleuse, presque moelleuse — difficile de croire qu’on est sur un jus jeune et aussi puissant. Puis vient l’explosion de notes pâtissières : vanille, frangipane. C’est un dessert liquide assumé.

La finale chauffe un peu (logique), mais sans jamais gâcher la fête : prune, beaux raisins, miel d’acacia, et une touche florale délicate qui oscille entre violette et lavande (ou alors c’est autres choses, clairement pas l’habitude de ces arômes c’est encore dur pour moi de les reconnaitre). Une légère amertume vient fermer la porte, et nous donne envie d’y retourner.

Doux, intense, et réconfortant, comme une bonne galette qui sort du four. Très beau profil !


La Poste – 1976

Je ne saurai mieux vous retranscrire l’histoire de cette famille, de son domaine, et de cette cuvée qu’Hélène FAGET l’a fait pour LE PASSEUR. Actuelle propriétaire du chais où Romain travaille activement depuis plusieurs mois, voici son témoignage.

« Mon père Georges Faget est né dans une famille de viticulteurs en 1921. Dans la fougue de sa jeunesse, il préféra partir créer une entreprise de pépiniériste et laissa la propriété à son jeune frère. Mais son objectif était d’avoir un jour son propre domaine, et de le mener à sa convenance.

Il réalisa son rêve en 1968 lorsqu’il put acquérir le domaine de « La Poste » (un ancien relais de chevaux pour les diligences au XVIIIe siècle) et y créer son vignoble.

A partir de 1970, le distillateur Casimir Michalouski vint installer son alambic ambulant sur le domaine à la fin de chaque mois de novembre. Pendant deux décennies, mon père fit distiller et éleva, avec la plus grande patience et le plus grand soin, ses armagnacs dont il ne fit jamais commerce. C’était son trésor. Après 1990 et le décès de ma mère, il n’eut plus le cœur à distiller et cessa sa production d’armagnac. 

J’ai reçu en héritage l’œuvre de toute sa vie.  »

Hélène Faget  

C’est avec ce genre de détails et d’histoires qu’une dégustation à l’aveugle relativement classique peut prendre une tournure nostalgique, et nous faire réfléchir. Me voila donc transporté pour déguster cet armagnac, Fût #157 à 47.4% issu du Ténarèze et produit uniquement à l’aide du cépage Ugni-Blanc. Evidemment, pas d’ajouts dans les embouteillages du passeur, s’il fallait le préciser…

Dès le départ, ça sent le coup de coeur.
Bonbon, fruits des bois, fraise, boisé patiné ultra bien intégré, une fraîcheur mentholée comme je les aime.. je ne l’ai pas encore gouté que j’ai déjà l’idée d’acheter cette quille, on est bien dans mes gouts.
A l’approche du verre, mûre à fond, fruits des bois, et encore plus de menthol ! Avec le temps, le nez se complexifie : mangue, ananas, orangette, pain d’épices, chocolat au lait… le tout compose une vraie salade de fruits frais, miam !

Bouche : Ample, suave, salivante. Le boisé est un plus présent que prévu, mais toujours au service du fruit. Menthe, verveine, camomille suivent, sublimées par des notes de maracuja pétillantes.
Le bois prend une dimension presque exotique, étire les fruits et les agrumes avec beaucoup de finesse, tout en apportant une douceur légèrement caramélisée. Vraiment superbe.

Un profil qui me rappelle une mélasse à la New Grove, en version armagnac, c’est vraiment très très bon.
En essayant de trouver une bonne raison de ne pas craquer instantanément… peut être qu’on pourrait dire qu’il n’y a pas de pic d’intensité à un moment ou un autre de la dégustation. C’est un jus qui se sirote sans fin, d’une facilité déconcertante – du coup… j’ai pas trouvé de défaut, et j’ai précommandé la bouteille quelques minutes après avoir rédigé l’article.

Le jus fruité & glouglou, le genre de bouteille que je ne laisse pas passer !
Fruité, complexe, et en même temps si facile à boire.


Avec ces 2 nouvelles cuvées, l’année 2026 s’annonce super pour LE PASSEUR !
Je ne saurai que trop vous conseiller de jeter un coup d’oeil à son site, et à son shop, mais surtout d’essayer de le retrouver sur ces terres de Gascogne, ou au détour d’un salon (il sera à l’Armagnac Fest de Bordeaux en mars).

Dégustation d’armagnacs exceptionnels, avec LE PASSEUR. Patisserie liquide & salade de fruits frais au rendez-vous. Un embouteilleur au service du terroir et des petites gens, audacieux, et si bon !

THE JACK DROP – LE BLOG QUI PARLE DE RHUM, AGAVES & AUTRES SPIRITUEUX – BASÉ À LILLE

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