J’aime beaucoup les spiritueux, et depuis quelques années j’ai jeté mon dévolu sur l’armagnac. Mais c’est en passant mes dernières vacances d’été à travers le Gers, entre rencontres de producteurs et chasse aux fûts, que j’ai vraiment mesuré sa singularité. J’ai alors compris que la plus ancienne eau-de-vie de France (dont les premiers écrits remontent autour de 1310) reste encore aujourd’hui largement méconnue y compris chez nous. Alors quand mes amis allemands m’ont proposé de les rejoindre à l’Armagnac Fest de Stuttgart, j’ai d’abord souri, un peu incrédule, puis accepté.

Comment nos voisins d’Outre-Rhin comprennent, savourent, et développent la valeur de notre trésor national? Je suis allé le découvrir sur place.
Me voici donc à Stuttgart, une ville allemande élégante, verte, un peu à l’écart des clichés touristiques. Entre places historiques, musées, boutiques, collines couvertes de vignes et quartiers vivants, elle mêle sérieux souabe et vraie douceur de vivre. Invité par mes amis Robert Bauer et Sasha Junkert (armagnac.de la boutique allemande incontournable), j’ouvre les portes de l’Armagnac Fest, et découvre une trentaine de producteurs français, tout sourires, leurs stands plein à craquer !
Se dégage du lieu une atmosphère des plus stimulantes. L’enthousiasme des professionnels est palpable. Ils jouent à fond la carte du terroir, de l’authenticité, et font resplendir le savoir-faire français à un public allemand, curieux, méthodique, abordant l’armagnac sans les biais que l’on retrouve souvent en France. Peut-être moins soumis au prisme des grandes maisons de cognac ou des habitudes digestives françaises, il s’intéresse aux détails : cépages, millésimes, types d’alambics, profils de chauffe. Résultat, des discussions précises, techniques, le niveau moyen de dégustation est très élevé, le public passionné, personne n’est là “pour boire”, mais vraiment pour déguster et discuter avec les professionnels.

En discutant avec les professionnels, j’ai compris ce qu’ils apprécient ici : un univers d’amoureux du terroir et de leurs produits, mais également pour certain un vrai marché. Pour quelques producteurs (souvent sur une niche un peu geek, brut de fût & co), l’Allemagne représente leur 3em plus gros marché, derrière la France et les US.

J’ai également intérogé le public allemand : au-delà de la passion saisissante qui les anime (quelques gouttes du précieux liquide aident à créer une certaine proximité, il faut l’avouer), ils apprécient particulièrement l’Armagnac, mais aussi cette petite communauté de producteurs qui vient à leur rencontre jusqu’à Stuttgart. Un lien fort se crée très vite avec certaines maisons.

L’armagnac est perçu ici comme une catégorie à forte valeur, encore sous-exploitée. Beaucoup de visiteurs comparent directement avec le whisky – notamment les single casks ou les éditions limitées – et identifient rapidement l’écart de prix en faveur de l’armagnac. Ainsi se crée petit à petit l’engouement et l’Armagnac Fest de Stuttgart agit comme une vitrine : il montre que l’armagnac, lorsqu’il est raconté par les producteurs, et bien positionné, peut séduire un public international prêt à investir du temps… et de l’argent.
Vous aussi vous voulez découvrir l’armagnac ? Sachez qu’il existe (à ma connaissance), deux autres salons spécialisés en France, le Fest’Armagnac, à Bordeaux en mars, et bientôt à Paris en décembre.

Remerciements particuliers à mes amis Robert Bauer et Sasha Junkert pour leur invitation et leur accueil, ainsi qu’aux producteurs toujours aussi disponibles et chaleureux, notamment Cindy & Sylvain d’Hontambère RAC, Alexandre du Domaine Séailles, Romain – Le Passeur, et Vincent – Laterrade.
La grande fête de l’armagnac à Stuttgart a battu son plein, et force est de constater que nos voisins allemands sont de vrais connaisseurs !
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